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Canada

CENTRE KANATHA-AKI

Peuple Algonguin

par Marie-Josée Tardif - publié le

texte et photos : Marie-Josée Tardif

Venez prendre soin de vous et de la Terre-Maman !

Dominique (T8aminik) Rankin, chef héréditaire et homme-médecine algonquin hautement respecté, est le fondateur du Centre ethnoculturel Kanatha-Aki : un lieu de repos et de partage sans pareil, où sont transmis des enseignements authentiques, au coeur des majestueuses forêts laurentiennes.

Découvrez la philosophie et la médecine traditionnelle des Algonquins ; recevez les enseignements des animaux, grâce à une rencontre avec notre cheptel de bisons ou des balades en traîneau à chiens ; appréciez enfin la sagesse simple et profonde de la spiritualité amérindienne, le temps d’une courte cérémonie au Cercle de guérison.

Contact
Marie-Josée Tardif, pour
Dominique (T8aminik) Rankin
Centre Ethno-Culturel 8ATAPI / Kanatha-Aki
11 chemin du Lac Orignal, Val-des-Lacs, Qc J0T 2P0
Tél. (819) 326-3540
Email : centreethnoculturel@hotmail.com
Internet : www.dominiquerankin.ca
www.mariejoseetardif.com

Enseigner la Vie : La transmission chez les Amérindiens

Magazine VIVRE

Du point de vue des Amérindiens, lorsqu’un ainé quitte ce monde, son corps retourne à la Terre, certes, mais son esprit demeure. Il nous habite et nous accompagne, si nous nous donnons la peine de faire silence et de nous connecter à tout ce qui vit. L’esprit des « ancêtres », c’est le fil de la Continuité auquel nous pouvons commencer à être sensibles en changeant juste un peu notre regard.

Voilà ce que m’a enseigné mon ami Dominique (ou « T8aminik », comme il l’écrit dans sa langue), chef et homme-médecine algonquin, fils et petit-fils de chef et homme-médecine, lesquels furent aussi fils et petits-fils de chefs et d’hommes-médecine, et ainsi de suite jusqu’à ce que la mémoire se perde dans la nuit des temps. À votre tour de vous connecter au précieux fil de la sagesse amérindienne, que tous ces hommes et femmes-médecine ont réussi à préserver contre vents et marées, avec tant de courage et de bonté.

Q- Dans votre tradition, ce sont surtout les hommes et les femmes-médecine qui ont pour tâche de transmettre la sagesse et la connaissance des anciens. Comment désignez-vous celui ou celle qui assumera ce rôle ?

Aujourd’hui, lorsqu’on parle des chefs amérindiens, on parle des chefs politiques et de leur conseil de bande élus par la population, tout comme vos maires et conseillers municipaux. Mon grand-père, mon père et moi sommes ce qu’on appelle des chefs traditionnels. Cela veut dire qu’on nous a aussi appris la médecine et la philosophie. Mon père n’était pas le seul à avoir son mot à dire pour désigner son successeur. Chez nous, il faut absolument le rassemblement des anciens ; ce sont eux qui désignent les chefs, ainsi que les autres hommes et femmes-médecine. Les gens de la famille et les ainés se parlent entre eux et observent les plus jeunes par rapport à la façon dont ils sont venus au monde, leur situation et leur vécu. Quelques jours après ma naissance, mon père m’a ramené à la vie à la suite d’un écrasement d’avion. Les aînés ont tout de suite remarqué quelque chose de spécial. Ils me considéraient comme un enfant qui avait eu deux vies : l’une donnée par ma mère et l’autre par mon père. Quand j’ai eu sept ans, ils ont décidé de me protéger pour que je puisse recevoir les enseignements dans la forêt. Parfois, j’aurais aimé aller jouer avec les autres enfants, mais en même temps, je me sentais très attiré par la connaissance des plantes et tout ce qui concerne la médecine traditionnelle.

Quand le jeune chef est officiellement désigné, on fait une cérémonie autour d’un feu sacré et on lui remet le chapeau avec des plumes, parce que c’est un chef reconnu du côté spirituel. Nous, on dit « transmettre la médecine » et non « transmettre le pouvoir ». C’est très différent.

Maintenir la tradition, malgré les interdits

Q- C’est surtout votre père qui vous a donné les enseignements ?

Oui. Mon père était un homme extraordinaire. J’ai passé bien des journées et des nuits avec lui, seuls dans la forêt. Il fallait se cacher parce que c’était très mal vu à cette époque (les années 50 et 60). Les gens nous appelaient des chamans. Ce mot là n’est pas trop bienvenu chez nous, car nous pensons qu’il a contribué à la destruction de la fonction d’homme-médecine. Quand on parle de chaman, on pense à un homme qui travaille avec les mauvais esprits. Cela n’a aucun lien avec les véritables hommes et femmes-médecines. Autrefois, les cérémonies se faisaient toujours au même endroit. Les hommes et les femmes-médecine étaient très protégés et ils n’avaient pas besoin de pratiquer en cachette. On parle de cérémonies avec la pipe sacrée, de cérémonies de guérison de l’âme ou bien du corps…

Dans une autre « dimension de la vie »

Q- Vous remerciez constamment les ancêtres dans vos prières. Pour bien des Blancs, c’est quelque chose de difficile à faire lorsqu’ils n’ont pas reçu de leur part tout l’amour dont ils auraient eu besoin.

C’est sûr. Je pense que c’est parce qu’ils n’ont pas vécu dans la même dimension de la vie. Vivre dans une maison et vivre dans un tipi, ce n’est pas du tout la même chose. Quand je voyage et que je vais à l’hôtel, quand j’entre dans la chambre, j’appuie sur un bouton et puis tout s’allume. Personne ne m’a dit quoi faire. C’est juste un réflexe que j’ai appris dans une autre dimension de la vie. Dans la forêt, c’est le feu sacré qui nous allume…Un vrai feu, qu’on a appris à allumer en regardant les Anciens. Dans ce mode de vie, on se sent comme un humain. On a vraiment le temps d’être conscient et de se poser la question : « Qui suis-je ? » En ville, on voit les gens avec des écouteurs sur les oreilles pendant qu’ils marchent. Qu’est-ce qu’ils entendent ? Ils n’entendent même pas le silence. Ils n’entendent même pas le vent. Tout ce qu’ils écoutent est électronique ou alors, ils vont écouter le bruit des véhicules, respirer la pollution et tout ça. Ce n’est plus possible d’entrer en communication à l’intérieur de soi. L’esprit n’est plus là, alors que reste-t-il à remercier ? Toucher un arbre, ce n’est pas comme toucher un interrupteur. Quand tu touches un arbre, c’est la vie. C’est la vie ! Dans la nature, tout est tellement fort au niveau visuel et au niveau des autres sens. On se sent vraiment intégré à la force des Anciens et au Créateur. On ne peut pas l’oublier et on ne peut pas faire autrement que d’avoir envie de dire merci.

Tout est enseignement

Q- C’est comme si nos ancêtres Blancs avaient été coupés de la vie à un certain moment ?

Quand les Anciens sont arrivés ici en 1534, ils ne sont pas venus en cherchant la paix à l’intérieur. Ils sont venus ici avec un but économique. Ils avaient tellement de choses à faire quand ils ont découvert le Canada. Ils n’étaient déjà plus « humains ». Ils avaient d’autres visions. Tandis que les Anishinabés (les Algonquins s’appellent entre eux « Anishinabes », ce qui veut tout simplement dire « humains ») vivaient vraiment dans cette dimension-là de la paix, connectés à la Terre.

Je dis souvent aux gens : «  Ne quittez pas vos ancêtres. Les ancêtres ont été là pour de bonnes raisons. Peu importe ce qu’ils ont fait, il ne faut pas les voir négativement. Chez nous, on appelle cela des enseignements. Même si la personne a fait du mal dans sa vie, on dit : « Migwetch, merci. C’est correct. » Il faut les remercier pour tout ce qu’ils nous ont enseigné.

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