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Tajikistan

PHIP : Projet Intégré des Hautes Montagnes du Pamir

Pamirs, Gorno Badakhashan, région de Murghab “Le Toît du Monde »)

par Guy Delaunay, Ubaidullah Mamadiev, Ecotourism Association Murghab - publié le , mis à jour le

Texte : Guy Delaunay
Photos : Erik Engels, Guy Delaunay- Equaterre

Le marco polo (mouflon géant) en hiver…
« Ubaidullah, notre guide entre dans la yourte comme un diable. Avec un sourire immense, il bouscule les sacs, nous secoue pour nous réveiller en laissant tomber de ses moufles des paquets de neige fraîche : « Marco polo, thousands of marco polo, in the other valley… twenty minutes walking ! » Il prépare fébrilement le thé, répète encore « marco polo ! big, big sheep, hurry up ! » On sort lentement des sacs de couchage, le froid vif pénètre par le sas de la yourte. Pantalon, veste en duvet, bonnet, moufles, moonboots… Le soleil est encore bas sur l’horizon de montagnes enneigées. L’univers scintille sous le ciel radieux… il fait moins trente ! En quelques minutes, nous avons atteint le rebord de la colline. Ubaidullah plonge dans la neige, pointe son doigt vers le vallon et souffle « look ! look ! marco polo ! » Nous avons le souffle coupé. A 400 mètres de nous, un spectacle unique, inoubliable. Cent, peut-être deux cent marco polo font lentement mouvement, par files de vingt à trente têtes dans le vallon encore dans l’ombre. Même à l’œil nu on distingue les énormes trophées des plus grands mâles. Soudain, à la sortie d’un petit col, en pleine lumière, une nouvelle harde s’avance sur la neige étincelante. Notre aventure touche à son sommet. Etonnant voyage dans un monde inconnu, où chaque habitant rencontré nous a offert son cœur, sa maison, son pain.

Le Pamir en hiver, quelle folie merveilleuse ! »
Extrait d’un carnet de voyage écrit lors de la première expérience de safari photo touristique en hiver 2004.

Grâce à des fonds de l’Agence Suisse de Développement et de Coopération (SDC), l’ONG française ACTED a créé un projet de développement depuis 1999 dans la région de Murghab, région considérée comme « cause perdue » par le Gouvernement Tadjike et d’autres acteurs du développement du fait de son éloignement, du manque de moyens et de motivation des autorités, et du déficit de perspectives pour la population du district qui aurait dépassé son point d’équilibre économique viable.
Visant une diversification économique et un renforcement des structures communautaires, le projet a développé avec succès un certain nombre d’actions qui pourront être reproduites dans des zones de montagne comparables.

Parmi ces actions, le projet de tourisme communautaire est soutenu par l’UNESCO depuis 2002 dans le cadre du programme « Development of ecological tourism in the mountain regions of South and Central Asia ». Il s’est concentré sur l’accueil communautaire, le développement de services (logement chez l’habitant en village ou en yourte d’estive, guides, transports, randonnée chamelière) et la mise sur le marché international de produits touristiques diversifiés gérés par la communauté sur un mode participatif. Le modèle d’écotourisme proposé participe à la préservation et à la valorisation des sites naturels et des trésors culturels, à l’économie et à la vie traditionnelle de cette région reculée. En trois ans de préparation et de formation, l’association d’écotourisme de Murghab (META) s’est structurée, les acteurs, choisis parmi les familles les plus économiquement vulnérables, ont reçu une formation de base et l’association est maintenant apte a gérer une activité génératrice de revenus, en collaboration avec les autres acteurs locaux du développement, en particulier l’association des femmes artisan dont la production est exportée dans différents points de vente d’Asie Centrale et d’Europe. Une charte éthique a été adoptée par l’ensemble des parties prenantes.

Localisation
L’accès à la région de Murghab se fait : soit par Dushanbe, la capitale du Tadjikistan, via la ville de Khorog (vol intérieur possible), cette approche demande deux journées de voiture, ou une journée en se posant à Khorog ; soit par Bishkek, la capitale du Kirghizistan, et un vol pour la ville frontalière de Osh (2 heures), puis par la « Pamir Highway » traversant la chaîne du Grand Alaï. Cette approche routière est recommandée en deux jours pour habituer l’organisme à l’altitude.
D’un côté comme de l’autre, les routes sont relativement bonnes et toujours dans des paysages inoubliables. En hiver, la route peut être fermée pour quelques heures, au pire une journée, mais ne présente pas de danger majeur pour des véhicules correctement équipés. L’association s’est dotée d’un minibus 4X4.

Contact
Ubaidullah Mamadiev, président de META (Association d’écotourisme de Murghab
META Office – Murghab - Tadjikistan
Tél. : 00992 3554 21 453
Tél Satellite : 00 882 165 060 15 13
Courriel : Murghab@acted.automail.com

On peut contacter Ubaidullah Mamadiev directement par son adresse Internet, ou contacter Guy Delaunay pour obtenir une documentation et des précisions sur la destination.
Courriel : equaterre@aol.com

Les voyageurs peuvent être pris en charge par l’association d’écotourisme à partir de Osh. Pour les réceptions au départ et à l’arrivée et les transferts dans les deux capitales, des agences réceptives locales ont été sélectionnées et assurent l’accueil aux aéroport et les hébergements.

Informations culturelles
La region de Murghab couvre la plus grande partie des montagnes et des hauts plateaux des Pamirs de l’Est. C’est un haut plateau à faible densité de population aussi vaste que la Suisse, à une altitude comprise entre 3500 et 7500 m.

Les Pamirs ont été le théâtre du « Grand Jeu » entre Russes et Anglais au 18ème siècle, et reste une région politiquement sensible, avec des frontières entre cinq pays (Tadjikistan, Kirghizistan, Chine, Pakistan, Afghanistan).

Cette région a été dramatiquement dépendante de l’Union Soviétique en tant qu’avant poste stratégique aux frontières mal définies entre la Chine et l’Afghanistan. Jusqu’à sa disparition, l’Union Soviétique a fixé les anciennes populations nomades dans des petites villes et villages et a assuré leur survie économique à un niveau largement supérieur à ce que les ressources propres de la région étaient capables de produire. Depuis la chute de l’Union, les conditions économiques se sont effondrées, et 80% de la population a survécu grâce à l’aide humanitaire internationale jusqu’au début de 2004. Les 14 000 habitants, parlant essentiellement le Kirghiz, ont une activité semi-nomade liée à l’élevage du yack, du mouton et de quelques chameaux de Bactriane. Mais une part importante de la population urbaine, dont une partie est composée de réfugiés de la dernière guerre civile tadjike n’a pas ou peu de troupeaux, et dépend de la solidarité communautaire et familiale. La communauté est composée d’un peuplement ancien d’origine Kirghize, et de Pamiri venus du sud. Les deux communautés vivent en harmonie, sans conflit majeur.

La réduction des tensions, la confiance mutuelle et les progrès de la coopération régionale offrent une opportunité nouvelle d’échanges et de commerce entre Tadjikistan, Chine, Kirghizistan, Pakistan et bientôt Afghanistan.

Les plateaux du Pamir sont réputés pour leurs paysages immenses, lunaires et désertiques que surplombent de hautes montagnes glaciaires. Le glacier de Fedchenko, avec ses 77 km de long est le plus long glacier alpin du monde. Très peu d’alpinistes occidentaux ont parcouru ces contrées immenses.

Le Pamir est aussi connu pour abriter une population endémique mythique, celle du marco polo (Ovis ammon polii). Seuls quelques très riches chasseurs avaient eu jusqu’aujourd’hui le privilège de les approcher...pour leur trophée.

Un parc national destiné à préserver les richesses de la faune et de la flore du Pamir existe, essentiellement sur le papier. Les ressources manquent pour une gestion efficace de cet immense territoire. La population est consciente de l’importance de ces ressources, mais les nécessités de la survie favorisent le braconnage et la collecte du « teresken » comme bois de chauffage ; un arbuste adapté aux conditions climatiques extrêmes devenu rare autour des villages. L’écosystème est fragile, la pression de la population recherchant des alternatives à la perte de ses ressources énergétiques importées d’Union Soviétique conduit à une rapide désertification qui peuvent provoquer de temps à autre de graves calamités : glissements de terrain, tempêtes de poussière, famines.

Au printemps, les hauts pâturages reverdissent, les yourtes sont dressées dans chaque vallée, formant la base de l’économie locale, c’est l’époque des fêtes et des mariages. Certaines familles, membres de l’association d’écotourisme, ont équipé leur campement pour accueillir les visiteurs.

En hiver, il n’est pas rare que le thermomètre descende au dessous de – 40°. La plupart des habitants se regroupent dans les villages et la petite ville de Murghab. Dans les vallées où la neige reste rare, quelques campements permanents affrontent l’hiver grâce au confort naturel des yourtes de feutre.

Les conditions de vie difficiles et l’environnement naturel fragile ne permettent la survie qu’à une population réduite. L’élevage du yack n’étant pas suffisant, il était nécessaire d’inventer de nouvelles ressources économiques.

Séjour recommandé
Titre : Randonnée Chamelière au Parmir, Randonnée sur le Toit du Monde, les hauts passages de la Route de la Soie
Durée : 6 jours
Prix : total de Osh à Osh (en juillet 2005) : Jeep (maximum 4 passagers) : pour un groupe de 4 personnes : 350 US$ , Minibus (maximum 8 passagers) : pour un groupe de 8 personnes : 400 US$
Inclus : hébergement complet en yourte et maisons d’hôtes, transports, guides et chameliers,
Exclus : dépenses de carburant, dépenses personnelles et les boissons en extra, frais de visa, permis spécial GBAO, taxe environnementale en vigueur (L’association vous informera sur les démarches qu’elle peut faciliter).
Activités : Partage de la vie des Kyrghizes semi-nomades en « jailoo » (campements de yourtes en pâturages d’été), L’exceptionnelle hospitalité de la population ; Des paysage d’une beauté à couper le souffle (déserts d’altitude, glaciers, hautes vallées alpines, lacs) ; Trekking dans un univers de hautes montagnes inviolées ou peu explorées, dont le glacier Fedchenko, le plus long glacier alpin du monde ; Observation de l’énorme marco polo (ovis polii), et d’une faune dont l’ibex, l’ours bruns, le loup, l’oie sauvage indienne, et si on est très chanceux, le magnifique léopard des neiges ; Randonnée chamelière avec les derniers chameaux de Bactriane de la région ; randonnée à cheval à travers les hauts plateaux,
Alpinisme sur les sommets de 6000 à 7000m, dont le Pic Lénine et le Pic du Communisme ; Des sites archéologique dont les plus anciens remontent à 8000 A.J.C.
Hébergements : L’association META assure différent types d’accueil : hébergement en maisons d’hôtes et en yourtes, forfaits découverte, randonnées/trekkings organisés, prestations à la journée. Un centre d’accueil, la « Murghab House » sert à la fois d’office de tourisme, d’agence réceptive locale, de point de rencontre tant pour les visiteurs que pour la communauté, de hall d’exposition de la production artisanale et d’éco-musée.
Saisons recommandées : En été (de juin à septembre) : Circuits découverte, trekking, haute montagne et randonnées chamelières. En hiver (décembre/janvier) : Photo safari et approche du « marco polo », endémique des Pamirs.
Conditions physiques : groupes et individuels capables de s’adapter à la haute altitude (en cas de problème, La maison de Murghab a été équipée d’un caisson hyperbar. Bon confort basique dans les maisons d’hôtes et les yourtes.
Autres séjours possibles : Une dizaine du Safari photo hivernal et trekkings d’altitude. La formation technique des acteurs locaux ne permet pas encore l’encadrement de l’alpinisme.

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